a3 Dans son livre, Delphine Horvilleur, femme rabbin, recherche les explications de l’antisémitisme dans les textes rabbiniques.

La question de l’antisémitisme :

Il n’existe pas de cohérence dans antisémitisme : on accuse les juifs de tout et de son contraire : trop riches trop pauvres et donc parasites ; d’avoir a2inventé Jésus et de l’avoir mis à mort, de patriarcat et de féminisme….

Par contre, l’antisémitisme surgit à des moments qui se ressemblent, en particulier aux moments des crises et des montées de nationalisme, des problèmes d’identité. La notion d’antisémitisme est liée à la notion d’authenticité, de l’obsession identitaire et de l’envie de pureté (fonds de commerce de l’extrême droite). « L’autre contamine ». Tous les fondamentalismes religieux prônent le retour aux fondements : le retour au début de l’histoire, le retour à la pureté des origines ; Ils rejettent les figures d’altérité : le juif, la femme, l’occident, les non musulmans, les non chrétiens.

Les slogans politiques vont, d’ailleurs, dans le même sens : « Make America great again », « take back control » (Brexit). Ils expriment une certaine nostalgie. Les politiques regrettent ces temps anciens, cette perte identitaire à cause de la contamination. « Il faut décontaminer ». Le juif est le nom qui m’empêche d’être vraiment Moi. Mon identité est altérée.

Le racisme relève d’une sorte de complexe de supériorité. Il est plus barbare, je suis plus civilisé.

L’antisémitisme relève d’un complexe d’infériorité : le juif a quelque chose que je n’ai pas : de l’argent, du pouvoir, un statut social… Il a pris ma a1place.

On reproche aux juifs d’être l’autre et moi. On les stigmatise quand ils sont trop assimilés, quand on se pose la question : mon voisin est-il juif ? Le ministre est-il juif ? Il apparaît difficile d’accepter l’autre en soi. Le juif m’empêche d’être vraiment moi.

La nouveauté de l’antisémitisme est qu’il surgit de groupes imprévus, qu’on pensait alliés comme l’ultra gauche.

On exige des juifs une hyper exemplarité, une excellence incarnée ; d’où la forte critique. On stigmatise plus le nationalisme israélien que les autres nationalismes. La critique antisioniste porte les traces de nos passés, de nos autobiographies. En Afrique du Sud, on parlera d’Apartheid ; en France, on emploiera le terme de colonies juives. On crée un terme spécifique pour la critique d’un pays l’antisionisme.

L’antisémitisme dans les textes rabbiniques :

Delphine se penche sur les textes rabbiniques pour trouver des explications à l’antisémitisme.

Il résulterait, tout d’abord, d’une rivalité familiale :

Dans la Bible, Rébecca épouse Isaac. De leur union découle une grossesse qui est pénible, parce que les deux enfants se battent dans son ventre. Les 2 frères, Jacob et Esaü, s’opposeront et se haïront toute leur vie, par simple jalousie. Grâce à un subterfuge de la mère qui préfère Jacob, Isaac, qui préfère Esaü, va donner sa bénédiction à Jacob. Les juifs seront les descendants de Jacob.

Par contre, les descendants d’Esaü donneront naissance à Haman (descendant de Caïn) qui va incarner l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Il sera le premier à persécuter les juifs.

Il résulterait du sentiment de perte d’authenticité et de contamination que nous avons déjà abordé.

Il résulterait aussi d’une sorte de guerre des sexes :

au final, on reprocherait aux juifs et aux femmes la même chose : aimer l’argent, le luxe, être manipulateur, être lascive… La femme par son corps montre de l’incomplétude, une faille, un trou. L’antisémitisme relève d’un complexe de castration, d’une certaine misogynie. Esther est au pouvoir, quand naît l’antisémitisme. Léon Blum avait été jugé pas assez viril, avec une voix de femme, des mains de fillette. Au XIIIène siècle, on disait que les juifs avaient leurs règles. Les juifs au pouvoir ne sont pas assez virils et donc pas assez puissants. Actuellement, nous pouvons lire sur certains carrefours « Macron, pute à juifs ».

Le juif a quelque chose que je n’ai pas. Il est ce que je ne suis pas. Mais, en réalité, la vérité c’est l’inverse. On reproche aux juifs de ne pas avoir quelque chose que je n’ai pas, mais, surtout de bien vivre sans. Les juifs incarnent cette incomplétude, mais, ils arrivent malgré cela à survivre, contrairement à beaucoup d’autres civilisations. Ils sont « increvables ».

L’identité juive ?

Il faudrait en finir avec l’obsession de l’authenticité. On ne peut être « purement » soi. Delphine Horvilleur, dans son livre sur « des mille et une façons d’être juif ou musulman. Dialogue », ne cesse de répéter : « je ne suis pas que juive ». On appauvrit cette définition de nous-même si on se cantonne à la dimension religieuse. Il faut faire dialoguer toutes les voix en nous. Nous possédons un riche mille feuilles identitaire qu’il faut cultiver et non pas vouloir l’épurer. Le judaïsme s’interroge tout le temps. Il ne propose pas de réponses définitives. Elle raconte l’histoire de 2 juifs qui se revoient à New York ,juste après l’expérience des camps. L’un demande à l’autre comment il se porte ? L’autre répond : « ça va ». Le premier repose la question peu de temps après et l’autre répond : « pas bien ».